Interview du Président de l'UMVR sur le démarrage de campagne 2020

Comment On Va Inverser la Donne ?


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1/ Quelles est votre analyse de la situation actuelle de l’AOC CDR : cela se tend…

Après une année 2019 avec des volumes de ventes en fort retrait (-11.3%), la baisse se poursuit sur le 1er semestre 2020 mais sur un rythme moindre.

En France (GMS – panel IRI P6 – cumul courant) les ventes de CDR (AOP CDR) reculent de 2,9% en CA et de 3,5% en volume (-6500hl). Elles s’inscrivent dans la tendance générale de baisse des volumes de ventes de vins d’AOP (-4,4%), mais font un peu mieux dans un contexte pandémique moins défavorable aux ventes de BIB et de MDD, catégories où l’AOP CDR est particulièrement présente.

A l’Export la tendance est la même ; les volumes commercialisés (source Douanes DEB- cumul jan-juin) baissent de 4% (-12500hl) pour une valeur qui décroche (-11%). L’épidémie de Covid 19 (impact ventes On trade), les taxes « Airbus » aux USA et la moindre croissance chinoise impactent la performance. Parmi les principales destinations :

-          USA (-11% en volumes). Explique plus de 70% de l’évolution !

-          RU (+9%)

-          Belgique (+12%)

-          Canada (+2%)

-          Suède (+12%)

La Chine (-52%) et HK (-18%) décrochent. Le Japon (-7%) recule.

Et pour la première fois depuis plusieurs années, la baisse en valeur (-11%) est plus forte que celle des volumes confirmant la mauvaise tendance amorcée l’an dernier.

Dans ce contexte dégradé les sorties de chai de la campagne 2019/2020 ont encore baissé à +/- 1470000 hl pour le groupe (CDR+CDRV), en baisse de 6,5% (-100000hl) / la campagne précédente. Les stocks progressent (11 mois de commercialisation en début de campagne 2020/2021 pour le groupe CDR+CDRV ; +3 mois / +250000hl par rapport à l’an dernier). Sur la campagne écoulée, les cours des CDR rouges conventionnels ont baissé de -6% (-10€/hl) par rapport à la campagne précédente.

Les indicateurs passent à l’orange dans un contexte économique et sanitaire tendu…

                              

2/ Comment voyez-vous le déroulement de la campagne 2020/2021 : ce sera compliqué !

Avec des ventes en retrait, des stocks qui, sans être pléthoriques (la filière a très peu eu recours à la distillation de crise en VDR) progressent, la campagne devrait donc démarrer très doucement. Et ce d’autant plus que durera la crise sanitaire.

L’évolution des cours, orientée à la baisse ces derniers mois, pourrait permettre de se repositionner sur des marchés perdus les années précédentes mais il ne faut pas se voiler la face, ce sera compliqué ! Plus que l’offre, c’est la demande qui donnera le « la » de la prochaine campagne. Evolution de la pandémie de Covid 19 ? Issue du Brexit ?  Issue des élections américaines ? Niveau de croissance mondiale ? Autant de facteurs hautement imprévisibles qui joueront sur l’évolution de la demande.

3/ Quelle est votre approche du marché des Côtes du Rhône à plus long terme :

Elle n’a pas vraiment changé depuis l’an dernier.

Quels premiers enseignements tirer de la crise sanitaire ? Les vins qui s’en sortent le mieux sont les entrées / cœurs de gamme (souvent en France plutôt des IGP que des AOP), les marques établies dans cette catégorie, auxquels les consommateurs ont fait confiance et les rosés et les blancs, plutôt que les rouges. Concernant les réseaux de distribution Off-trade et On line ont surperformés. Les (grands) crus, plus commercialisés et consommés en On Trade, ont souffert.

Quelles conclusions en tirer ? Qu’il faut cesser de s’intéresser au On trade ? Qu’il faut stopper la prémiumisation des vins de notre région ? Qu’il faut arrêter de produire des rouges. Pas du tout !

Mais il faut être à l’écoute du marché, sans dogmatisme ni élitisme, et savoir s’adapter et proposer le bon produit au bon moment. Et optimiser sa prise de risque. En clair, il ne faut pas tout miser sur un même cheval, fût-il le plus beau. En Vallée du Rhône, nous sommes en mesure de proposer une offre large, hiérarchisée. C’est un énorme atout qu’il faut faire fructifier. Il y a un encore et toujours un marché pour les vins entrée/cœur de gamme, la base de notre pyramide. Aux côtés et en appui (réciproque) aux crus. Soignons cette base, ne la méprisons pas, adaptons là au marché (plus de rosé, plus de blancs, moins d’alcool, moins de sulfites, plus de responsabilité sociétale etc..) et proposons-lui des marques renouvelées auxquelles nous pourrons le fidéliser.