Interview de Michel CHAPOUTIER et Etienne MAFFRE

octobre 2014


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En ce mois de septembre 2014, au démarrage d’une nouvelle campagne, le Président du SGVCDR, Philippe PELLATON et le Président de l’UMVR, Michel CHAPOUTIER (accompagné de son futur successeur à la présidence de l’UMVR, Etienne MAFFRE) ont souhaité se rencontrer et communiquer ensemble sur leur vision du marché des Côtes du Rhône.

Pour Michel CHAPOUTIER et Etienne MAFFRE :

La situation économique actuelle est bonne mais fragile

La demande de Côtes du Rhône reste soutenue matérialisée par des sorties de chai à fin juin en très léger recul  (-2%) par rapport à la campagne précédente malgré la petite récolte 2013. Conséquence : les stocks à la production sont au plus bas (estimés en fin de campagne 2013/2014 à -250 000hl) et les cours, boostés par la situation conjoncturelle, sont au plus haut (+20% en un an à 136€/hl). Pour autant, les ventes baissent en volume sur les 5 premiers mois de l’année : de -6% à l’export et -7% en GMS France.

Si le négoce se réjouit de la revalorisation des cours des CDR, nécessaire et souhaitée pour assurer la pérennité de la production en Vallée du Rhône, il dénonce la soudaineté et l’ampleur de l’évolution des cours qui ont grimpés de 20% en 1 an et de 40% en 4 ans ! Tout est affaire de rythme. De telles évolutions de cours sur une période aussi courte sont impossibles à répercuter sans compromettre la pérennité des marchés. Sur les dernières campagnes (et surtout la dernière !) les Maisons de négoce ont pris sur leurs marges. Si la situation des cours reste trop tendue, elles devront répercuter.

La campagne 2014/2015 est charnière avec ses risques et ses opportunités

La campagne qui s’ouvre est une campagne charnière. Soit la filière profite d’une récolte qui s’annonce qualitative et normalement volumique pour tempérer les choses, permettre à la production de consolider ses revenus et au négoce de reconstituer ses marges et de pérenniser/conquérir des marchés, en stoppant l’inflation des cours et réintroduisant une vraie segmentation des prix (perdue lors de la campagne qui se termine) en fonction des qualités/profils produits. C’est le souhait du négoce.

Soit grisée par l’apparente (mais fragile) euphorie du moment, la dérive des cours se poursuit. Le négoce devra alors répercuter les hausses avec les risques de pertes de marchés que cela entraîne lorsque le positionnement de l’offre est déconnecté de celui de la demande. Dans la situation économique actuelle, un consommateur qui dispose de 3€ pour acheter une bouteille de vin n’est pas prêt à dépenser 3€50 pour la même bouteille. Il recherchera une alternative, dans des segments, régions ou pays concurrents.

Il faut ensuite avoir à l’esprit que les parts de marché ne se reprennent pas aussi facilement qu'elles ne se perdent. De ce fait, alors que les CDR pourraient enfin retrouver de façon durable des niveaux de rendements  satisfaisants, nous pourrions nous retrouver dans une situation de surproduction (liée à de la sous commercialisation) et de chute des cours.

Sur le long terme ils sont optimistes si...

…un esprit de modération et de sagesse prime dans le vignoble...se gardant ainsi  de céder à la tentation de la spéculation.

Notre région dispose de vrais atouts pour assurer et réussir son développement ; la part de ses ventes progresse à l’Export. Les marges de progression sont grandes notamment en Chine et aux USA. Un plan stratégique (plan Rhône Ambition) est prêt.

Gardons-nous de brûler les étapes!

En conclusion : il n’y a ni « méchants » ni « gentils » mais des producteurs et des négociants qui vivent d'un même produit et d'une même passion dans un intérêt commun : la pérennité de la viticulture et de la construction de valeur en Vallée du Rhône.