Interview du Président de l'UMVR sur le démarrage de campagne 2015

ATTENTION A NE PAS SE DECONNECTER DU MARCHE


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Quelle analyse faites-vous de la situation économique actuelle ?

La situation globale est à la fois correcte et préoccupante. Correcte parce que nous avons maintenu une bonne valorisation en France et à l’export et que les stocks à la production se reconstituent, même s’ils restent insuffisants (inférieurs à 8 mois de commercialisation alors qu’il en faudrait au moins 9).

Préoccupante car certains indicateurs sont passés à l’orange voire au rouge. Ainsi, les sorties de chais sont en retrait (-6,5 % pour l’ensemble CDR/CDR Villages). Ce n’est pas alarmant car elles ne sont que légèrement inférieures à la moyenne des 5 dernières années et que la baisse peut s’expliquer par un faible début de campagne 2014/2015 lié au manque de vin avant la libération du millésime 2014. Mais c’est à surveiller.

L’export enregistre une baisse limitée à 2 % en volume mais on constate d’importantes disparités selon les marchés. Certes, les pays à potentiel de croissance valorisée comme les USA et le Canada se portent bien, mais c’est aussi dû aux taux de change favorables. Les pays à potentiel de croissance faiblement valorisée (vrac, entrée de gamme) comme la Chine et la Suisse progressent moins vite en valeur qu’en volume.

Le marché anglais régresse en volume mais progresse en valeur, contrairement à la Belgique et à l’Allemagne qui régressent sur tous les plans. Sur ces marchés à faible marge pour le négoce, la répercussion de la hausse des cours entamée l’an dernier se poursuit avec, pour conséquence, une perte de parts de marché.

Là où nous avons répercuté les hausses de prix, nous avons perdu des parts de marché, comme nous l’anticipions l’an dernier dans ces mêmes pages (cf n°840). Et si, en France, ces hausses semblent avoir été répercutées quasiment en totalité, ce n’est pas le cas à l’export où elles ne l’ont été pour le moment qu’en partie. D’où notre inquiétude, surtout sur les marchés européens.

Comment voyez-vous le déroulement de la campagne 2015/2016 et l’évolution du marché à plus long terme ?

Si nous nous arc-boutons sur le niveau actuel des cours, il faut nous attendre à perdre encore des volumes. Or, il nous faut maintenir des volumes de commercialisation suffisants pour continuer à exister sur les marchés, à développer nos marques. Regardez l’exemple du Muscadet. En 1980, cette appellation produisait un million d’hectolitres. Aujourd’hui, ils ne produisent plus que 500 000 hl et la valorisation n’est pas meilleure.

Le négoce n’a pas pour objectif de faire baisser les prix à la production car il est vital que la production puisse vivre correctement. Mais les marchés ne sont pas prêts à absorber une hausse trop rapide, comme celle que nous avons connue en 2013. La valorisation pérenne viendra de l’augmentation progressive de la demande, qu’il faut favoriser collectivement, et non pas de la raréfaction de l’offre.

Nous sommes persuadés qu’un juste milieu satisfaisant à la fois le négoce et la production est possible, notamment dans le cadre de la réflexion commune interprofessionnelle Rhône Ambition.

Négoce et production ne sont pas mis d’accord en 2015 sur le niveau de rendement en Côtes du Rhône et Côtes du Rhône Villages, notamment dans la perspective d’introduction d’un Volume complémentaire individuel (VCI). Pourquoi ?

Avant tout, je souhaite réaffirmer que l’UMVR est favorable au principe de VCI sur les AOP Côtes du Rhône et CDR Villages rouges. Nos divergences ont porté sur le curseur (niveau de VCI) et le rythme de mise en place. Le Syndicat général a souhaité maintenir le rendement de base en 2015 (51 hl/ha) assorti d’un VCI de 5 hl/ha. Or, compte tenu de la faiblesse des stocks, du disponible à la vente et dans la perspective d’une demande rapide et accrue du millésime 2015, annoncé comme généreux et d’excellente qualité, nous aurions préféré un rendement annuel de 56 hl/ha, sans mise en place du VCI cette année. Mais dans un esprit de dialogue interprofessionnel et de consensus, nous avons finalement proposé  au président d’Inter Rhône un rendement de 54 hl/ha et un VCI de 2 hl/ha, le Syndicat général restant sur sa demande initiale de 51 + 5 hl/ha de VCI. C’est finalement cette dernière qui a été entérinée par l’Inao. C’est pourquoi il nous a paru nécessaire, dans un souci de respect des parties constitutives de l’Interprofession, de faire connaître à l’Inao par courrier les motivations (et l’évolution) de notre position et non la seule constatation d’un désaccord interprofessionnel. Le VCI est un outil de régulation économique. Comme tel, il doit être géré par l’Interprofession, paritairement, et pas seulement par la famille de la production au sein des ODG. L’avis motivé du négoce méritait d’être connu de tous et nous avons fait en sorte qu’il le soit.

Quelles sont vos premières constatations sur le millésime 2015 ?

Le millésime 2015 s’annonce qualitativement exceptionnel et quantitativement généreux. C’est une chance et une réelle opportunité.

Il va forcément générer une demande de la part des marchés, encore faut-il que notre offre ne soit pas déconnectée de cette demande en termes de prix. Or, le niveau actuel des cours ne le permet pas sur de nombreux marchés et je plaide par conséquent pour une détente de ceux-ci de 5 à 10 %. Car avec une offre adaptée et correctement positionnée, nos opportunités de développement restent grandes en Amérique du Nord, en Chine (qui s’intéresse à des vins moins élitistes)… mais aussi sur des marchés incontournables tels que la France, les pays d’Europe où la sortie de crise pourrait réserver de bonnes surprises.

 
Propos recueillis par Sylvie Reboul